«Tu seras un bon papa»
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Makasu est comme pris de panique. Son téléphone a vibré très tôt le matin. Il était 4h30. La concision du SMS n’a d’égal que son importance.
«Tu es papa.»
Le numéro qui a envoyé le message n’est pas celui de Washington. Mais celui de Tshibo.
Makasu est comme tétanisé. Comment sait-elle que Washington a accouché ? Les deux jeunes femmes se connaissent-elles ? Depuis quand ? Et pourquoi ne le sait-il pas ?
Les questions se bousculent dans sa tête. Il est certes heureux d’apprendre qu’il est désormais père. Mais tout le reste lui semble confus, incompréhensible et problématique.
Qu’est-il arrivé à Washington ? Pourquoi ce n’est pas elle qui a appelé ou envoyé le SMS ?
Une heure après, il appelle la mère de son enfant.
-Kapi ? Félicitations !
-Ce n’est pas Kapi. C’est Tshibo. Je lui transmettrai.
-Mais pourquoi ne répond-elle pas ? Il y a un problème ?
-Elle a perdu beaucoup de sang lors de l’accouchement. Elle est actuellement aux urgences. Mais avant d’y entrer, elle avait demandé que je t’informe. C’est après qu’elle a perdu connaissance.
Les mains de Makasu se mettent à trembler. La panique a laissé la place à la peur. Que se passe-t-il ? Dans quel état est Washington ? Va-t-elle s’en sortir ?
Sans s’en rendre compte, Makasu raccroche sans demander les nouvelles du bébé.
-C’est une fille ou un garçon ?
C’est quand Kepa lui pose cette question que Makasu se rend compte qu’il n’avait demandé aucune information au sujet du bébé qui venait de naître. Son enfant.
Kepa a compris ce qui était en train de se jouer.
-Tu l’aimes encore hein ?
-Quoi ?
-Est-ce que tu l’aimes toujours ?
-Mais de quoi parles-tu ?
Pour Kepa, cela ne fait aucun doute. Aux yeux de Makasu, la vie de Washington est bien plus importante que celle de son enfant. C’est la preuve qu’il est toujours amoureux de la mère de son enfant, même s’il le nie vigoureusement.
-Il ne t’est même pas venu à l’esprit de poser des questions sur ton enfant, mon ami. C’est ton gosse ! Le premier que tu as. Tu te rends compte ?
Makasu balbutie quelque chose au téléphone que Kepa ne comprend pas, avant de raccrocher.
7h00.
Le jeune enseignant envoie un SMS à la directrice des études de son lycée pour lui annoncer son absence :
-Je ne suis pas physiquement en état de dispenser des cours aujourd’hui. Je serai là demain.
-Ok, se borne à répondre la religieuse.
Makasu a du mal à mettre des mots sur le sentiment qui le traverse alors que reviennent dans son esprit les souvenirs de sa relation avec Washington.
Un souvenir en particulier revient plus souvent.
Washington déteste célébrer son anniversaire de naissance. Makasu le sait. Mais six mois après le début de leur aventure, le jeune homme décide de faire une surprise à sa compagne.
Ce jour-là, Washington a cous l’après-midi. Makasu appelle ses amis qui enseignent dans la même école que sa compagne pour préparer la surprise.
C’est un gâteau d’anniversaire que la jeune femme va trouver dans la salle de classe où elle a cours à 14h00.
Son collègue qui avait cours avant elle dans la même salle est mis au parfum. Il quitte la salle 10 minutes avant la fin du cours.
Makasu et Libanais, habillés en bleu et blanc, se mêlent aux autres élèves de la classe et s’installent au fond de la salle.
Avec ses airs de jeune femme sûre d’elle-même, Washington entre en classe et sursaute quand tous les élèves se lèvent et lancent «Surpriiiiiiiise !».
Elle découvre ainsi un gâteau sur la table de l’enseignant. Elle ne s’était pas encore remise de son étonnement qu’elle voit approcher un «élève» qu’elle ne reconnaît pas.
Les bras dans le dos, l’élève s’avance, képi bien enfoncé jusqu’aux oreilles.
-Vous êtes qui vous ?
C’est quand il enlève le képi que Washington reconnaît Makasu.
L’enseignante fond en larmes et tombe dans les bras de son amoureux qui lui remet un bouquet de fleurs.
Plus tard dans la soirée, quand elle va retrouver Makasu, Libanais et sa compagne dans un bistrot pour fêter l’anniversaire, Washington va laisser tomber :
«Je n’ai jamais aimé les anniversaires. Ils me rappellent trop mon père que le cynisme poussait à me gâter pour mes anniversaires afin de cacher le mauvais papa qu’il était. Aujourd’hui, c’est la première fois que je fête mon anniversaire avec des personnes que j’aime.»
Se tournant vers Makasu, elle lui lance :
«Je ne l’ai jamais dit à personne. Mais à toi, je peux le dire sans craindre que l’avenir me contredise. Tu seras le papa de mon enfant. Tu seras un bon papa. Et si la vie fait que ce soit toi qui élèves seul notre enfant, je ne me ferai aucun souci. Tu as des défauts comme tout le monde mais, entre tes mains, même la personne la plus brisée peut retrouver le sourire et la lumière intérieure que les malheurs de la vie éteignent trop souvent.»
Maintenant que Washington est allongée sur un lit d’hôpital, dans le coma, juste après avoir accouché de leur enfant, ce souvenir revient à l’esprit de Makasu.
Va-t-il élever seul son enfant ?
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