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Que ferons-nous des 25 prochaines années ?

Que ferons-nous des 25 prochaines années ?

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Dans le texte qu’elle a publié pour présenter ses vœux aux lecteurs de son magazine, la directrice de la rédaction du Nouvel Obs a convoqué le souvenir de Marc Bloch. Ce «grand historien, mis à pied par Vichy parce que juif, engagé dans la Résistance, [a été] arrêté, torturé et assassiné par la Gestapo en 1944».

Cécile Prieur rappelle que l’héritage intellectuel de Marc Bloch tient beaucoup à son ouvrage «l’Etrange Défaite» dans lequel «il dénonce les faillites politique, intellectuelle et militaire qui aboutirent à la débâcle de 1940».

Je n’ai pas encore lu «l’Etrange Défaite». Mais j’ai commencé l’année avec la lecture de «Mémoires de guerre» de Charles de Gaulle. Les premières pages de ce livre tentent d’expliquer les causes qui ont conduit à la défaite française face à l’Allemagne d’Hitler en 1940.

Cette période de l’histoire moderne m’a toujours fasciné. C’est ce qui m’a conduit à lire récemment l’excellent ouvrage de l’ambassadeur Gérard Araud «Nous étions seuls». Livre dans lequel il cite justement Marc Bloch :

«Un mot, pour tout dire, domine et illumine nos études : comprendre… Mot surtout chargé d’amitié. Jusque dans l’action, nous jugeons beaucoup. Nous ne comprenons pas assez».

Comprendre plutôt que juger. C’est en cherchant à comprendre qu’on se pose les bonnes questions et qu’on se donne les moyens d’y trouver les bonnes réponses.

Et pour comprendre, il faut avoir les yeux bien ouverts et regarder le monde tel qu’il est. Et pas tel que nous voudrions qu’il soit. En somme, être lucide.

C’est cela – en tout cas sous la plume de Cécile Prieur – qui me semble être l’héritage de Marc Bloch. C’est aussi ce que semble dire Gérard Araud dans son livre. L’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne et tout ce qui s’en est suivi après n’est pas arrivé comme par magie. Il y a eu des signes avant-coureurs que certains ont refusé de voir.

La France, la Grande Bretagne et les États-Unis, vainqueurs de la Première Guerre mondiale, ont-ils fait ce qu’il fallait pour qu’à une Première ne succède pas une Seconde Guerre mondiale ? Entre 1919 et 1939, en Europe, on est passé du Traité de Versailles à l’invasion de la Pologne. Mais entre les deux, il y a eu la crise de 1929, la réoccupation de la Rhénanie, Munich, l’abandon de la Tchécoslovaquie.

2025 marque la fin du premier quart de ce XXIe siècle. Il ne serait pas inintéressant de s’arrêter pour tenter de comprendre vers quoi nous nous dirigeons. Certains avaient caressé l’idée que ce siecle serait celui de la «mondialisation heureuse». Il n’en est rien.

Au Congo, ce siècle aurait pu également être celui de la renaissance après des années chaotiques qui ont conduit le pays au bord du précipice au début des années 2000. Mais de cette renaissance que nous appelons de nos vœux, nous peinons à déceler les prémisses.

En ce début de l’année 2025, la lucidité doit nous conduire à penser que le Congo se porte mal. Le pays est en guerre. Des millions de personnes peinent à manger à leur faim. Nos infrastructures sont en lambeaux. Notre système judiciaire n’est pas efficace. Notre économie est fragile. Nos finances publiques bien maigres.

Dans un contexte international désormais sous le signe de la crise permanente, il est suicidaire de se laisser aller et de considérer que nous pouvons continuer comme avant. Non. Nous ne pouvons pas faire comme si de rien n’était.

Les vingt-cinq prochaines années vont déterminer largement ce que sera le Congo à la fin de ce siècle.

Ceux qui lisent régulièrement ce blog vont sûrement me trouver obsessionnel. Mais la croissance démographique à laquelle nous allons assister au cours du prochain quart de siècle est pour moi LE FACTEUR DECISIF. Tout ce qui va nous arriver jusqu’en 2100 sera conditionné par notre gestion de ce seul facteur. Je l’ai déjà écrit ailleurs. Un pays de 100 millions d’habitants qui double sa population en 25 ans n’est plus du tout le même.

Si les enfants qui naîtront cette année ne trouvent pas au sortir de l’université un marché de l’emploi, un système fiscal, des infrastructures, un système médical, un accès à l’énergie à la hauteur d’un pays de 200 millions d’âmes, nous courrons au-devant de graves crises.

Or, ce qui sera en 2050 ne peut être que l’aboutissement ou la continuation de ce qui a été conçu, planifié et décidé avant.

Dans «Mémoires de guerre», Charles de Gaulle rappelle le plaidoyer qu’il avait fait dans «Vers l’armée de métier» pour une armée française plus adaptée et plus moderne au lendemain de la Première Guerre mondiale. Il n’a jamais été écouté. Et l’armée française va littéralement s’effondrer en 1940 devant l’avancée des troupes allemandes.

Qui sait le nombre d’ingénieurs formés chaque année au Congo ?

Qui sait le nombre d’enseignants de mathématiques et de physique formés chaque année au Congo ?

Qui sait le nombre de bacheliers qui sortent chaque année des filières professionnelles ?

Quand les Congolais répètent que leur pays est grand, ils oublient un peu vite que les dimensions géographiques d’une nation entraînent des conséquences dans chaque domaine de la vie publique. La taille de l’armée, les proportions des investissements publics, les infrastructures, la formation des jeunes, les communications. Tout est démultiplié dans un pays comme le Congo. Si on associe à la taille géographique, la démographie qui est la nôtre, on obtient une équation complexe. Il ne faut ni s’en réjouir ni en désespérer. Il faut en prendre acte. Et agir en conséquence.

Mais pour cela, il nous faut arrêter de nous bercer d’illusions et d’ouvrir les yeux.

Le Congo est un pays très pauvre. Ce que nous appelons «richesses minières» ne sont que des ressources naturelles qui, sans un travail d’exploration, extraction, transformation et commercialisation, n’ont pas de valeurs certaines.

Les Congolais ont du mal à travailler ensemble avec efficacité, éthique et rigueur. Vous aurez du mal à citer des projets d’envergure (industriel, financier, énergétique) qui ont été lancés et menés jusqu’à leur terme par des Congolais au profit du pays et de ses habitants, depuis le début de ce siècle.

Ce n’est qu’une fois conscients de cet état de choses que nous pouvons prétendre à autre chose qu’à l’inertie qui nous caractérise actuellement.

Le temps ne résout aucun problème. A force de ne rien faire et de laisser passer le temps, les problèmes s’aggravent. Leurs solutions nous paraissent, d’abord, improbables, puis finalement, impossibles. Justice, sécurité, école, infrastructures, énergie, finances publiques. Les problèmes sont nombreux. Mais il faut commencer le travail. Tout de suite. A défaut de vouloir le faire pour nous-mêmes, faisons-le pour les enfants qui naîtront cette année.

Bonne année à vous !

5 comments

comments user
Angélique SIEZA/KUELA

Très belle analyse ! Merci beaucoup, mon ami.

Heureuse année 2025 à toi et à ta famille.

    comments user
    Joël Bofengo

    Merciii !
    Heureuse année à toi, mon amie.

      comments user
      Angélique SIEZA/KUELA

      Matondi moninga na nga 🤦

comments user
Ex père de Jeux de mots

L’heure est venue de se poser les bonnes questions !

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Angélique SIEZA/KUELA

Tu as vu le message que je t’ai écrit en lingala?🫢

Le jeu. 2 janv. 2025, 13:13, Angélique SIEZA/KUELA asiezakuela@gmail.com a écrit :

Très belle analyse ! > Merci beaucoup, mon ami. > > Heureuse année 2025 à toi et à ta famille. >

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