Le hasard n’existe pas…
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La rencontre, c’est Dieu. La rencontre, c’est la vie. Imaginez un peu. Tu sors de chez toi le matin pour aller travailler. A midi, à l’heure de la pause, tu décides d’aller prendre un café. Plutôt que d’aller chez Paul, tu vas chez Pierre. Tu y entres et tu te poses. Et pendant que tu attends ton café, une jeune femme entre. Elle remarque le livre que tu lis et engage une conversation. Une heure après, vous découvrez que vous aimez tous les deux la lecture, la radio et le sport.
Le mois d’après, vous êtes amis. Il ne se passe pas un jour sans que vous vous appeliez au téléphone ou que vous vous envoyiez un message. Elle t’offre des livres et te fais découvrir son univers musical – Dadju, Tayc, Tems, Céline Banza. Tu lui parles de Kananga. De ses nuits noires et ses matins brumeux. De Goma. De son lac et sa vie nocturne.
Mais si plutôt que d’aller chez Paul, tu étais allé chez Pierre, que se serait-il passé ? Nul ne le saura jamais. Telle est la beauté de la vie.
La rencontre, c’est Dieu. Ce n’est pas le hasard. S’il y a quelque chose qui change fondamentalement une vie, c’est la rencontre.
C’est dans la rencontre avec l’autre que Dieu nous parle, nous montre notre chemin et nous fait découvrir notre être profond, tant l’être humain est en quête perpétuelle de lui-même.
Dans «Histoires vraies», Youssoupha et Corneille chantent :
«Chaque visage que l\’on touche
Chaque étranger sur la route
Tous ces espoirs émis dans le doute
C\’est un peu de tout ça qui écrit l\’histoire…»
La vie donne à chacun l’occasion de rencontrer l’autre. Celui qui, par une parole, un geste, une réflexion, une manie, une inconduite, nous ouvre les yeux et nous permet de voir ce qui, pourtant exposé à nos yeux tous les jours, nous était impossible de voir ou de comprendre.
Et quelque fois, la rencontre avec cet autre est de plus inattendu. Certains diront fortuit. Mais le hasard n’existe pas. Dieu, si.
Quand j’arrive à Kananga le 25 juillet 2017, j’ai dans la poche de ma veste les noms et les numéros de téléphone de deux prêtres que m’a remis mon directeur spirituel.
Je me dis bien qu’il y a une raison qui a fait qu’un nom vienne avant l’autre. Je compose donc le premier numéro. Pendant trois jours, je ne parviens pas à le joindre. Je me décide alors d’appeler le second. «Votre correspondant n’est pas disponible», me dit l\’opérateur téléphonique. Une fois. Deux fois. Même résultat.
Deux jours après, le deuxième numéro m’appelle :
-Bonjour. C’est l’abbé Cibaka. J’ai été notifié de vos appels sur mon numéro.
-Oui. Moi, c’est Joël. J’ai tenté de vous appeler à deux reprises. Je viens d’arriver à Kananga. C’est mon directeur spirituel qui m’a passé votre numéro de téléphone.
-Pour le moment, je ne suis pas à Kananga. Mais je rentre en fin de semaine. Je vous informerai à mon arrivée.
Je ne le sais pas encore à ce moment-là mais les caprices téléphoniques viennent de mettre sur mon chemin l’une des rencontres personnelles les plus importantes de ma vie.
Les habitués de ce blog ont déjà lu des textes où j’ai cité ou évoqué l’œuvre de l’abbé Apollinaire Cibaka. Lui, il préfère Cibaka Cikongo. Moi je préfère abbé Apollinaire.
Depuis 2017, il est devenu à la fois mon directeur spirituel, mon éditeur, un modèle, un confident et une source d’inspiration.
Il ne le sait pas. Je lui dois le blog que je tiens depuis mars 2020, «La Plume de Joël».
J’ai toujours aimé lire et écrire. Avant le blog que j’anime actuellement, j’en avais un autre. Mais comme je l’ai déjà écrit ailleurs : j’avais perdu la flamme. J’ai abandonné. C’est l’abbé Apollinaire qui a ranimé la flamme.
Dans l’hommage qu’il a rendu à Monseigneur Tshibangu, décédé en décembre 2021, l’abbé Apollinaire a écrit qu’il tient de lui la volonté de «vivre, la plume à la main».
Moi, cette volonté, je la tiens de l’abbé Cibaka. J’aimais écrire avant de le rencontrer mais pas au point d’en faire un mode de vie. C’est le cas à présent.
Écrire pour témoigner, pour partager, pour s’exprimer, pour se raconter, pour raconter, pour se soigner, pour interroger, pour interpeller, pour apprendre.
Apprendre ? OUI. Parce qu’avant d’écrire, il faut lire. La lecture nourrit la plume. La volonté d’écrire s’alimente par le désir de lire.
Avant de connaître l’abbé Apollinaire, je lisais. Mais pas autant qu’aujourd’hui. Pas avec le même appétit. Pas avec la même régularité. Grâce à lui (ça aussi, il ne le sait pas), lire est entré dans la routine quotidienne comme prier ou pratiquer du sport.
Mais lire et écrire ne sont pas les seules choses que l’abbé Apollinaire a consolidées dans ma vie. Pour emprunter une formule de Saint Josémaria, à ses côtés, j’en suis venu à me convaincre que «l’action ne vaut rien sans la prière. La prière est valorisée par le sacrifice».
Dans «Chemin», le fondateur de l’Opus Dei écrit : «N’esquive pas ton devoir. Remplis-le sans atermoiement, même si d’autres ne le remplissent pas».
La phrase pourrait bien résumer le sens de l’engagement de l’abbé Apollinaire. Je n’ai pas encore fini d’en apprendre à ses côtés.
Les destins se jouent parfois à un infime détail…
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