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Donnons aux plus jeunes l’envie de lire !

Donnons aux plus jeunes l’envie de lire !

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Ce matin, j’ai ouvert «Chanson douce». Je souris en moi-même en lisant les premières lignes de ce roman de Leïla Slimani publié en 2016. Je suis l’actualité de cette écrivaine depuis plus de 10 ans maintenant. J’ai lu et écouté de nombreuses interviews qu’elle a accordées à la presse. En janvier 2025, j’étais à l’écoute de la matinale de France Inter quand elle a répondu aux questions de Léa Salamé et Nicolas Demorand, à l’occasion de la sortie de «J’emporterai le feu».

Mais il y a autre chose qui m’a fait sourire quand j’ai ouvert «Chanson douce». Sans m’en rendre vraiment compte, c’est le quatrième roman que je lis depuis le début de cette année.

C’est un fait exceptionnel à plus d’un titre. Je n’ai pas souvenir d’en avoir déjà lu autant en si peu de temps. Habituellement, je lis peu de romans. C’est depuis 2023 que j’ai décidé d’en lire davantage. Et c’est l’année passée seulement que j’ai pu compter 25% de romans dans l’ensemble de livres que j’avais lus.

Comme vous l’avez sûrement déjà remarqué, je lis davantage de livres sur le Congo, la géopolitique, la philo, les nouvelles technologies et l’histoire. Pour conserver mon rythme de lecture, j’ai dû changer mes habitudes. Depuis l’année dernière, je lis désormais deux livres concurremment. L’un des deux est obligatoirement un roman.

Dans les embouteillages de Kinshasa, en prenant une bière après le travail, en attendant un ami ou un collègue à un rendez-vous, avant ma séance de sport. Je profite de tous les temps morts de ma journée pour feuilleter un roman.

«Xala»

C’est ainsi que j’ai pu dévorer «Xala» en deux jours. Mon enseignant de français au collège Bonsomi Sylvain Malongo – dont je vous ai déjà parlé ici – nous en avait déjà dit un mot avec la passion qui est la sienne.

El Hadji Abdou Kader Bèye découvre son xala – l’impuissance sexuelle – au soir de son troisième mariage. Il est convaincu que c’est l’une de ses deux premières épouses qui en est à l’origine.

«Ce n’est rien, le xala ! Ce qu’une main a planté, une autre peut l’ôter… Lève-toi ! Tu n’as pas à avoir honte», lui dit la dame venue constater le lendemain matin si le mariage avait bien été consommé, comme le veut la tradition.

Ni El Hadji ni son entourage ne se doutent de rien. Pourtant, c’est une lente mais inexorable descente aux enfers qui commence.

L’entrepreneur florissant dépense des sommes importantes pour «soigner» son xala.

«On le oignit le safara, on lui en fit boire ; on lui donna des xatim qu’il devait porter autour des reins comme fétiches ; on le lava avec des onguents ; on exigeait de lui qu’il égorgeât un coq tout rouge. Il faisait n’importe quoi dans l’espoir de son rétablissement.»

Sans succès !

C’est au fil des pages qu’on découvre que le xala d’El Hadji n’est pas physique. Sa boutique qui ressemble de plus en plus à un commerce en faillite. Ses fournisseurs qui lui réclament le paiement des produits livrés depuis bien longtemps. Ses collègues du Groupe des hommes d’affaires qui exigent qu’il en soit exclu.

La scène finale du roman où tous les handicapés et pauvres de la ville débarquent dans sa villa est d’un tel symbolisme. Et c’est cela, à mon avis, le sens de «Xala». C’est l’histoire d’une déchéance.

Comme à mon habitude, je ne vous dévoilerai pas les détails de cette fiction. Lisez-la.

Vous entendrez notamment le beau-père d’El Hadji dire à propos de sa fille avec qui il est fâché depuis son mariage avec un musulman : «Lorsque l’Afrique était l’Afrique, c’était aux jeunes de rendre visite aux personnes âgées.»

Ou encore, le président du groupement des hommes d’affaires conseiller à l’un de ses camarades : «En affaires, il faut avoir la maîtrise saxonne, le flair américain et la politesse française».

La langue d’Ousmane Sembène est belle. Au début du roman, la sœur d’El Hadji vient lui présenter la jeune N’Goné.

« -El Hadji, je te présente ma fille, N’Goné. Regarde-la bien. Ne peut-elle pas être unité ? Unité de longueur, ou unité de capacité ?

-Elle est tendre. Une goutte de la rosée. Elle est aussi éphémère. Un port agréable ‘’aux regards’’, répondit El Hadji, initié à ce langage depuis la case de l’homme.

-Dis-tu ‘’aux regards’’ ? C’est au pluriel que tu parles. Mais moi, je parle au singulier. Un seul propriétaire…

-Donc, un borgne, l’interrompit l’homme, détendu, riant.

-On ne conseille pas à un borgne de fermer un œil.

-Pas plus qu’on n’indique à la main où se situe la bouche.

-Il faut préparer pour la main ce qu’elle a à porter à la bouche.»

Avez-vous compris ce dialogue ? Je m’y suis pris à plusieurs reprises.

El Hadji va finir par épouser N’Goné qui deviendra sa troisième épouse.

Mes amis de Loango

Quand j’ai refermé «Xala», j’ai tout de suite ouvert «L’espionne» de Paulo Coelho. C’est un récit romancé de la vie de Mata Hari.

Cette femme du monde, née Margaretha Zelle McLeod, danseuse, prostituée, espionne, a connu mille et une vies. Les unes toujours plus palpitantes que les autres.

Mais j’avais commencé l’année avec une autre fiction : «Un soupçon de vérité». C’est l’histoire d’un enfant kidnappé alors qu’il avait six ans et qui, vingt ans plus tard, va en kidnapper et en tuer un autre. Comment juger un tel individu ? La narratrice est une écrivaine, devenue célèbre grâce aux portraits qu’elle publie des criminels dont elle tente de raconter les histoires dans ses livres. Un vrai délice – je parle bien sûr de la fiction.

Et c’est cet appétit des livres que j’ai essayé de partager avec un groupe d’étudiants le samedi dernier au Centre culturel Loango.

Au centre des discussions : «La lecture à l’ère des réseaux sociaux».

Je suis parti de là avec une conviction : il est faux de penser que les jeunes n’aiment pas lire. Il faut leur donner les occasions de lire. Et il faut les mettre dans un environnement où la lecture est mise en avant.

J’ai vu dans leurs yeux beaucoup de curiosité quand je leur ai parlé de «Xala» d’Ousmane Sembène, de «Tout s’effondre» de Chinua Achebe ou de «Le Vieux nègre et la médaille» de Ferdinand Oyono.

Pour des raisons que je ne vais pas détailler ici, les livres coûtent très cher au Congo. Un ouvrage que je ferai acheter par Cédric à 19 euros à la FNAC à Bruxelles est vendu à 50 dollars américains dans une librairie de Kinshasa. En juillet dernier, j’ai acheté un excellent livre du professeur Daniel Mukoko Samba à 180 000 francs congolais (environ 80 dollars américains). C’est l’équivalent d’un mois de salaire de nombreuses personnes au Congo.

Nos villes ne disposent pas de bibliothèques municipales où n’importe qui pourrait, moyennant un abonnement dérisoire, aller lire des livres.

Cela dit – ma position d’ancien journaliste et de créateur de contenus numériques me permet de le dire sans crainte de me faire contredire – il y a un vrai problème avec la «lecture en profondeur» que la professeure Maryanne Wolf oppose à la «lecture superficielle», celle que nous pratiquons en ligne, en passant d’un article à l’autre, sans prendre le temps d’analyser, de critiquer, de déduire et de conclure.

Pour comprendre «1984» de George Orwell, il faut le lire. Il n’y pas de raccourci possible. Les extraits que certains partagent sur les réseaux sociaux ne procurent qu’une illusion de la connaissance. Ça aussi, je l’ai dit aux étudiants.

Mais le point le plus important de mon intervention était lié au plaisir que l’on peut prendre en lisant des livres. Si je suis passé en quelques jours de «Un soupçon de vérité» à «Chanson douce», c’est parce que je prends beaucoup de plaisir à lire des romans.

Et autant que je le peux, je tente de retranscrire ici ce plaisir avec les résumés que je vous propose de mes lectures. L’idée pour moi est de susciter l’envie de lire des livres.

Et si j’offre des ouvrages, c’est pour les mêmes raisons. Rien n’ouvre autant au savoir et à la connaissance que les livres.

Il n’est pas très intelligent de stigmatiser les plus jeunes en leur répétant qu’ils ne lisent pas, contrairement à leurs aînés – ce dont je doute fort d’ailleurs. Lisons et montrons-leur l’exemple. J’ai écrit dans un livre que va bientôt paraître que j’ai commencé à lire parce que je voyais mon papa lire. Tel est le rôle des aînés : montrer l’exemple.

Lors de ma discussions avec les étudiants à Loango, je leur ai parlé de «Submersion», le livre de Bruno Patino où on apprend notamment que nous touchons notre téléphone portable plus de 600 fois par jour, en moyenne. La moitié des habitants du Royaume-Uni passent plus de 11 heures par jour devant leurs écrans. Si vous affichez de telles statistiques, arrêtez de vous en prendre aux jeunes. Ils ne sont ni pires ni meilleurs que leurs aînés. Mais ils ont besoin d’exemples. Nous le leur devons. Plutôt que de leur transmettre notre hystérie numérique, transmettons-leur le virus de la lecture

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