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D’amour et d’amitié

D’amour et d’amitié

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Ramatoulaye et Aïssatou sont amies depuis leur enfance. Les domiciles de leurs grands-parents étaient voisins. Elles ont vécu ensemble les petits plaisirs et les fragilités de l’enfance. Les contradictions de l’adolescence. Elles sont allées à l’école ensemble. Elles sont de cette génération de filles dont les parents ont encouragé et soutenu les études.

Ramatoulaye et Aïssatou deviennent enseignantes dans cette Afrique occidentale française qui s’apprête à devenir indépendante : «Nous étions de véritables sœurs destinées à la même mission émancipatrice».

C’est l’histoire de cette amitié que Mariama Bâ raconte dans «Une si longue lettre».

Ramatoulaye répond à une lettre d’Aïssatou dont le lecteur ne connaît pas le contenu. Mais il ne tarde pas à comprendre la force de l’amitié qui lie les deux femmes : «Tu m’as souvent prouvé la supériorité de l’amitié sur l’amour».

«Une si longue lettre», c’est aussi l’histoire de deux cœurs brisés qui ne réagissent pas de la même façon au chagrin.

Aïssatou apprend que Mawdo, son époux – manipulé par sa mère – en épouse une autre. Elle s’en va, malgré les conseils.

Dans une lettre qu’elle adresse à son désormais ex-époux, elle assène :

«Si tu peux procréer sans aimer, rien que pour assouvir l’orgueil d’une mère déclinante, je te trouve vil. Dès lors, tu dégringoles de l’échelon supérieur, de la respectabilité où je t’ai toujours hissé. Ton raisonnement qui scinde est inadmissible : d’un côté, moi, ‘’ta vie, ton amour, ton choix’’, de l’autre, ‘’la petite Nabou, à supporter par devoir’’.»

Aïssatou rentre à l’école pour acquérir de nouvelles compétences, prend ses enfants et va travailler à l’ambassade du Sénégal aux États-Unis.

Libre.

Quelques années après, Ramatoulaye sera soumise à la même rivalité.

Modou, son époux, prend comme seconde épouse Binetou, camarade de classe de sa fille Daba. Cette dernière n’en revient pas. Elle demande à sa mère de divorcer.

«Partir ? Recommencer à zéro, après avoir vécu vingt-cinq ans avec un homme, après avoir mis au monde douze enfants ? Avais-je assez de force pour supporter seule le poids de cette responsabilité à la fois morale et matérielle ?», s’interroge Ramatoulaye.

Elle ne partira pas, au grand désarroi de ses enfants.

Libre ?

C’est ici le roman de Mariama Bâ nous prend par la gorge. Est-ce que la liberté veut toujours dire s’en aller quand on a été trahi ?

«J’essaie de cerner mes fautes dans l’échec de mon mariage. J’ai donné sans compter, donné plus que je n’ai reçu. Je suis de celles qui ne peuvent se réaliser et s’épanouir que dans le couple. Je n’ai jamais conçu le bonheur hors du couple, tout en comprenant, tout en respectant le choix des femmes libres», écrit-elle à son amie de toujours.

Finalement, c’est Modou qui est parti. Ramatoulaye s’occupe de ses enfants, jouant pleinement son rôle de mère comme le lui a appris sa maman :

«On est mère pour comprendre l’inexplicable. On est mère pour illuminer les ténèbres. On est mère pour couver, quand les éclairs zèbrent la nuit, quand le tonnerre viole la terre, quand la boue enlise. On est mère pour aimer, sans commencement ni fin. […] On est mère pour affronter le déluge».

Le déluge, c’est quand elle apprend que sa fille, encore au lycée, est enceinte. Les mots de sa grand-mère lui reviennent à l’esprit :

«On a beau nourrir un ventre, il se garnit quand même à votre insu.»

«Une si longue lettre» est un roman où l’amour et l’amitié ont tous les deux leur place. À propos du premier Ramatoulaye dit : «Je reste persuadée de l’inévitable et nécessaire complémentarité de l’homme et de la femme. L’amour, si imparfait soit-il dans son contenu et son expression, demeure le joint naturel entre ces deux êtres.»

Au sujet du second, elle argue : «L’amitié a des grandeurs inconnues de l’amour. Elle se fortifie dans les difficultés, alors que les contraintes massacrent l’amour. Elle résiste au temps qui lasse et désunit les couples. Elle a des élévations inconnues de l’amour».

Contrairement à Céline Dion qui chante dans «D’amour ou d’amitié» :

« Il est si près de moi pourtant je ne sais pas comment l’aimer
Lui seul peut décider qu’on se parle d’amour ou d’amitié
Moi je l’aime et je peux lui offrir ma vie
Même s’il ne veut pas de ma vie… »

Mariama Bâ fait le pari de l’amour ET de l’amitié.

«Une si longue lettre» est un beau roman. Je vous le conseille.

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