Deuxième round
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-Tu me laisses dormir dans ton taxi ?
-Tu es malade ? Pourquoi je te laisserai dormir dans mon taxi alors que je peux t’offrir mon lit ?
-Je pensais que ça te gênerait.
-Non. Ça ne me gêne pas. Mais je veux juste savoir si toi aussi tu entres dans la catégorie de belles femmes Luba au teint clair qui pisse au lit jusqu’à l’âge adulte.
-Tu es folle. Tu crois vraiment à ces histoires ?
Nous sommes rentrées fatiguées de notre escapade à «Elanga». Il était 23h17 quand j’ai voulu m’engager sur l’avenue des Huileries pour aller déposer Clara chez elle. Elle m’a fait un signe de la main pour me dire de ne pas y aller. J’ai donc pris la gauche pour aller vers le Rond-Point Kimpwanza et me diriger vers chez moi sur Opala.
J’habite Kasa-Vubu depuis trois ans. C’est la première fois de ma vie d’adulte que je reste si longtemps à une même adresse. La parcelle où je loue n’a pas encore été revendue par les héritiers pour être transformée en immeuble d’appartements comme c’est devenu la mode à Kinshasa.
C’est une parcelle avec deux maisons d’habitation qui se font face. J’en loue une. Comme la plupart des parcelles de Kasa-Vubu qui n’ont pas encore été morcelées, elle est grande. Malgré les deux imposants manguiers qui encombrent la cour, il y a suffisamment d’espace pour accueillir mon taxi et les deux voitures de la famille qui occupe l’autre maison.
-C’est beau chez toi.
-Merci. Tu ne t’y attendais pas ?
-Un peu, vu tout le soin que tu mets pour garder ton véhicule en bon état.
-Qu’est-ce que tu essaies d’insinuer ?
-Beuh rien.
-Alors, je t’arrête tout de suite. Avec mes clients, tout se passe et s’arrête dans le véhicule. Jamais chez moi.
Je voyais bien dans son regard que Clara ne croyait pas un mot à ce que je lui racontais. Ce que je disais était pourtant véridique. Les clients qui sollicitent une séance sur un lit plutôt à qu’à l’arrière de mon taxi, je les emmène chez Mimosa. Quand elle ne l’utilise pas elle-même, une dépendance de son domicile est à ma disposition. C’est un exigu mais très bien emménagé et entretenu.
-Il faudra qu’un jour prochain, tu me présentes Mimosa.
-Quand tu m’aurais expliqué pourquoi tu ne rentres pas chez toi ce soir et que tu préfères dormir sur le canapé d’une pauvre célibataire aux mœurs légères.
-Laisse tomber ma chère, si en l’espace de 24 heures, on rendait public ce qui se passe à Kinshasa dans les chambres d’hôtels, salons privés, salons de massages, SPA, sauna et véhicules aux vitre teintées, nombreux revisiteront leur liste des personnes aux mœurs légères.
Les yeux de Clara étaient en feu. Elle ne parlait pas. Elle lançait des flammes.
-Maelis est née d’une copulation de deux jeunes gens issus de familles de belle et grande réputation. Catholique, dévote, conservatrice. Tu vois le genre ? Ces familles qui traitent les enfants des autres avec dédain parce que convaincus de leur supériorité. Ces familles qui n’ont que de leçons à donner aux autres : aux filles-mères, garçons en rupture scolaire, pères alcooliques, mères désargentées, etc. Et tu sais ce qu’ils ont fait quand ils ont appris que leurs rejetons avaient commis l’irréparable ? Ils ont envoyé la jeune fille enceinte de quelques semaines seulement «en congé» aux Etats-Unis pour ne pas éveiller les soupçons des voisins et des intimes qui étaient au courant de la liaison du jeune homme avec une autre femme.
C’est ainsi que j’appris ce qu’il en était des parents de Maelis. Tina, la meilleure amie de Clara à la faculté de Droit, était sa mère. La nouvelle lui a été cachée jusqu’au mariage.
-Le pire est que ma belle-famille qui savait tout n’a pas jugé bon de m’en parler. Je ne parle même pas de celui qui est devenu mon époux. Je l’aimais plus que tout. J’étais prête à des folies pour l’avoir à mes côtés toute ma vie. Il le savait. Mais il a joué la carte de la respectabilité de sa famille.
-Comment as-tu appris pour Maelis ?
-Après cinq ans de mariage, nous n’avions pas d’enfant. Nous sommes allés consulter à deux reprises. A chaque fois, le médecin nous a dit que biologiquement, rien n’expliquait que nous ne parvenions pas à concevoir. J’en souffrais beaucoup. Ses parents avaient toujours une moquerie à la bouche quand ils venaient à la maison. Je jouais à la fille bien élevée qui sourit quand ses beaux-parents lui manquent de respect. Un jour alors qu’il était en voyage, j’ai reçu un colis de DHL à la maison. C’était la veille de son anniversaire de naissance. Au départ, je ne voulais pas ouvrir le paquet. Mais c’est l’arrivée de sa mère, le lendemain, qui m’a conduit à la faire. A cause de toutes les humiliations que j’avais subies, nos relations s’étaient beaucoup dégradées. Elle insistait pour savoir si je n’avais pas reçu un colis de New York. Je me suis obstinée à répondre que non. Dans l’après-midi, après avoir reçu un mail de mon époux m’intimant l’ordre de ne pas ouvrir de colis venant de l’étranger, j’ai finalement décidé de l’ouvrir. J’ai alors découvert la photo placée dans un très beau cadre d’une belle petite fille de sept ans, assise sur un canapé aux côtés de sa mère, toute sourire. Le choc était trop important pour moi. J’ai laissé tomber le précieux cadeau qui s’est fracassé sur le carrelage de la cuisine. Je suis restée immobile presqu’une éternité. C’est ma sœur, lasse de klaxonner sur le trottoir, qui est venue me sortir de ma rêverie. Quand elle a regardé la photo, elle a compris. Sur le dos du cadre en bois, il était écrit avec une écriture d’enfant : «Bon anniversaire, Papa adoré.»
C’est ainsi que Clara appris pour Maelis. C’était le début d’une longue bataille.
-Pour moi, c’était clair : Soit Maelis venait vivre avec nous et nous formions une famille même si elle n’était pas ma fille biologique. Soit on se quittait et il allait rejoindre sa famille aux Etats-Unis. Ses parents sont catégoriquement opposés au divorce. Ils ont promis que leur fils ne reverrait plus jamais Tina et qu’eux-mêmes s’assureraient d’organiser des rencontres entre Maelis et sa mère.
-Le fait que cette histoire ressurgit aujourd’hui veut dire que quelqu’un n’a pas tenu parole.
-Toutes ces années, il m’a assuré que la question de la conception ne se posait plus et qu’avoir Maelis et moi dans la même maison le comblait.
-Il ne le pensait pas vraiment ?
-Il voulait avoir un fils.
-J’espère que tu ne vas pas me révéler ce que je suis en train d’imaginer.
-Clara va bientôt le lui donner…
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