Le «conseiller conjugal» happé par la passion

-Comment as-tu eu mon numéro de téléphone ?

-C’est ton camarade de chambre du home 10, Stany qui m’a remis un jour ta carte de visite. Je l’avais rencontré en ville. J’étais en enceinte. Je revenais du bureau du père de mon enfant à la SONAS. Il avait refusé de me recevoir. J’étais en larmes. J’avais traversé plus ou moins inconsciemment le boulevard pour me diriger vers «Sabena» afin de trouver un transport pour rentrer à Lemba. Il me faisait signe depuis l’autre côté du boulevard. Mais je ne l’avais pas vu. Il m’a suivie jusque devant l’immeuble «Sabena». Il m’a demandé ce qu’il se passait. Je lui ai raconté toute l’histoire. Il m’a remis un billet de 50 dollars et ta carte de visite. Il m’a vivement recommandé de t’appeler. «Henry t’aimait beaucoup. Il va t’aider», m’avait-il dit avant de faire arrêter un taxi pour moi.

-C’est un bon gars, Stany.

-J’ai longtemps hésité avant de t’appeler. Je redoutais de tomber sur ton épouse. Mais c’est finalement ce qui est arrivé.

-J’en suis désolé.

-Tu n’y es pour rien. Je savais que tu étais marié mais j’ai quand même pris l’initiative de te contacter.

Le lendemain de son arrivée à Kinshasa, Henry rencontre Tina au «Balcon» à Kintambo magasin. Une première depuis sept ans. La dernière fois qu’il a vu Tina, celle-ci courait en pleurant en direction de «Trafic». Il ne pouvait pas la suivre. Il avait fait un choix.

C’était le jour de la défense de son travail de fin d’études. La veille, ils avaient parlé au téléphone. Elle lui avait promis de lui apporter la plus belle des fleurs.

A l’autre bout du fil, Henry paraissait hésitant. Comme s’il aurait voulu dire à sa copine de ne pas venir. Mais comment le dire ? C’était un grand jour. Aucune jeune fille ne laisse son petit ami seul un jour pareil. A l’Université de Kinshasa, on scrute celles et ceux qui apportent les bouquets de fleurs. Si ce n’est pas un membre de la famille, c’est donc la copine ou le copain, la fiancée ou le fiancé.

Quand Tina, descend du taxi devant l’Église Nodasa, elle entend un concert des sifflets provenir du bâtiment de la faculté d’Économie. Elle sait qu’elle est en retard. Elle se précipite avec son bouquet de fleurs vers les groupes de personnes attroupées devant la fac. Arrivée à quelques mètres du deuxième groupe, elle aperçoit Henry dans les bras d’une jeune fille, bouquet de fleurs à la main.

Elle n’avait pas besoin de poser de questions. Elle avait reconnu le visage. Une fois, Henry l’avait placé comme photo de profil sur Whats’App. Chose rare chez le jeune homme. Quand Tina lui avait demandé qui était la personne dont le visage se retrouvait sur son profil, Henry avait bafouillé avant de répondre que c’était une «camarade de la promotion». La jeune fille avait encaissé sans réagir.

Immobile devant la scène qui se présente à elle, Tina décide de mettre fin à la torture quand celle dont elle découvrira plus tard le prénom, Graciella, va embrasser son amoureux. En une fraction de secondes, toutes ses rêves se sont envolés. Elle avait prévu d’annoncer finalement à Jessica, Pamela et aux garçons de son groupe sa relation avec Henry, le même jour lors d’un diner chez elle.

Arrivée à la maison après le choc, elle enverra un SMS laconique à Jessica : «Le dîner de ce soir est annulé. Problème de santé de maman. Avertis les autres. Please sister».

Réponse de Jessica : «Ok. Mais le beau-frère, tu nous le présentes quand ?».

Tina n’y a jamais répondu. Elle n’a plus jamais revu ses six amis. Elle n’a pas assisté au mariage de Jessica et Marc.

Après avoir obtenu son diplôme aux Facultés catholiques de Kinshasa, la jeune demoiselle débute une carrière à la télé. Elle présente l’émission «Étoile montante» sur «Les yeux de Kin», une jeune télévision créée en 2012 par des membres de la diaspora congolaise.

Le concept du programme est simple : la présentatrice fait découvrir au travers des reportages et portraits des jeunes congolais de la diaspora qui émergent en politique, dans l’art, dans les affaires, dans le milieu associatif, etc.

Tina reçoit un jour Didier Efombi, jeune designer venu de Paris qui commence à se faire connaître à Kinshasa. C’est le coup de foudre. Les deux tourtereaux ne se quittent plus. Didier lui promet de lui créer un plateau «comme le Congo n’en a jamais connu».

La déception d’Henry est déjà oubliée. Tina et Didier forment un couple tendance. Ils sortent beaucoup. En plus d’être designer, M. Efomi travaille à la SONAS. Un emploi obtenu grâce à son épouse, restée à Paris avec leurs deux enfants. Tina n’en sait absolument rien. Didier lui parle même de mariage.

Tout se passe donc comme dans un rêve dans la tête de Tina jusqu’au jour où elle annonce à Didier qu’elle attend un enfant de lui.

-Il est de qui ?

-Comment ça, il est de qui ? C’est avec toi que je sors.

-Non. Vous les journalistes femmes, vous êtes légères. Tout Kinshasa le sait.

Interloquée, Tina se rend vite compte qu’une nouvelle fois, elle s’est fait avoir par un homme dont elle croyait être l’amour de sa vie.

-C’était dur ?

-Si j’en suis venue à t’appeler, ce que j’étais vraiment à la ramasse. A la télé, on avait une règle non écrite, les présentatrices non mariées ne devaient pas tomber enceinte. On m’a donc remplacée. J’ai quitté l’appartement que Didier louait pour moi. A la maison, mes parents ne voulaient plus entendre parler de moi. J’avais déçu tout le monde.

Tina s’interrompt pour essuyer des larmes.

-Ne pleure pas. On est en public. Ça ne fait pas bonne impression, lui chuchote Henry qui lui tend un mouchoir.

-Comment ton épouse m’a connue ?

-J’avais gardé une photo de toi dans mes affaires. Elle l’a découverte lors de notre déménagement pour Goma. Je lui ai raconté toute l’histoire.

-La première fois que j’ai appelé, je me suis présenté. Elle m’a insulté pendant cinq minutes. J’ignore toujours pourquoi je suis resté si longtemps au téléphone ce jour-là.

-Tu as quand même rappelé.

-Je n’avais pas vraiment le choix. J’avais besoin d’aide.

-Je vois.

Quand Tina finit par avoir Henry au téléphone, celui-ci est tellement heureux de renouer contact avec son ex qu’elle lui promet de s’occuper de tout. Il va tenir promesse.

Henry paie tous les frais de maternité de Tina à qui il suggère même un prénom pour son fils, Victor. C’était le prénom de son père.

Les anciens amoureux se parlent désormais beaucoup au téléphone. A la fin de chaque mois, Henry envoie une enveloppe à Tina qui élève seule son fils.

Mais Graziella ne permet pas à Henry de voyager à Kinshasa, même pour voir sa famille. Henry voulait revoir Tina. Il espérait secrètement une mission de service qui n’arrivait toujours pas.

L’appel du père de Marc était l’occasion rêvée. Graziella ne pouvait pas s’y opposer. Elle sait ce que son époux doit à son frère.

Le matin du voyage de son époux pour Kinshasa, la jeune dame laisse tomber devant Henry : «Tu n’as plus l’âge où quelqu’un doit te surveiller. Comme tu es un homme intelligent, j’ose imaginer que tu ne feras rien qui compromette ce que nous avons difficilement construit».

Publié par Joël Bofengo

Catholique. Journaliste congolais. Curieux de tout (sauf de gastronomie). Fan de Liverpool FC.

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