Le citoyen plutôt que l’individu

Pour des jeunes nations comme le Congo- indépendant depuis 1960-, il est assez compréhensible que l’idée de citoyenneté mette du temps pour être intégrée dans l’esprit de la majorité des habitants. C’est pour cette raison qu’il revient aux aînés de s’assurer que les plus jeunes l’intègrent. Aux enseignants de la transmettre aux élèves. Et à tout le monde de s’efforcer de la vivre la plus correctement possible.

Sur le site Internet larousse.fr, on peut lire que «la citoyenneté peut être définie comme la jouissance des droits civiques attachés à la nationalité, c’est-à-dire la jouissance de l’ensemble des droits privés et publics qui constituent le statut des membres d’un État donné qui les reconnaît comme tels».

Droits et devoirs

«Dans ce sens, lit-on encore, le citoyen est celui qui, appartenant à la « cité », dispose de droits (droit de vote, d’éligibilité, d’accès à la fonction publique…), est soumis à des devoirs et doit respecter les lois au nom de l’intérêt général».

Mes enseignants du primaire me faisaient répéter chaque année des leçons sur les droits et les devoirs du citoyen. Car c’est de cela qu’il s’agit. Des droits et des devoirs. Les uns ne vont pas sans les autres.

Malheureusement, dans nos sociétés où le culte de l’individu prend de plus en plus le pas sur tout le reste, nos revendications personnelles (ou communautaires) nous font souvent oublier que les droits ne valent que pour ceux qui peuvent assumer leurs devoirs.

S’affranchir de ses devoirs pour ne réclamer que le respect de ses droits, c’est contrevenir à la notion de la citoyenneté. C’est mettre en péril la cohésion nationale. C’est miner la République.

Un enseignant qui ne dispenserait pas correctement ses leçons parce que n’étant pas payé met en danger l’avenir de la République. C’est un mauvais citoyen.

Ici, il n’est pas question de dédouaner l’État de ses responsabilités. Mais plutôt d’agir avec responsabilité, efficacité et ordre, en gardant à l’esprit que l’idée de la République impose à l’individu de céder le pas devant le citoyen.

Débat public pollué

Tous les citoyens ont le droit de faire connaître leurs revendications légitimes aux dirigeants. Mais ils ont également le devoir de préserver l’essence de la République : la transmission des valeurs d’une génération à une autre. La transmission, c’est le dialogue, la discussion respectueuse et exigeante.

Mais seulement, voilà. Tous les espaces de débat public se sont transformés en lieu de confrontation. Que ne lit-on pas sur les réseaux sociaux. Quel que soit le sujet du débat, la plus petite divergence se transforme en pugilat.

Comme l’écrit si justement Xavier Alberti sur son blog, «chacun veut, non plus seulement exprimer, mais imposer ce qu’il est, qu’il s’agisse de religion, de sexualité, de politique, d’alimentation, de tenue vestimentaire, d’origines ou de position sociale».

Ce n’est pas sain. Dans une République, les désaccords sont de l’ordre de la banalité. C’est bien ainsi. Les discussions- même les plus vives- doivent être courtoises. L’invective ne doit pas se substituer à l’argument. 

«Notre société frénétique a décidé qu’il fallait parler cash. […] Ainsi la société du parler cash permanent, des grandes gueules médiatisées et des bonimenteurs youtubés a-t-elle pris le pas sur tout le reste», note M. Alberti. C’est bien dommage. 

Si tout ceci se limitait aux joutes sur les réseaux sociaux, on ne s’en plaindrait pas beaucoup. Il suffirait de s’en éloigner pour retrouver des espaces de débat serein. Mais ce n’est pas le cas. Même les débats sur les plateaux de télévision ou dans les studios de radio se sont hystérisés au point que certains en viennent aux mains.

Engagement citoyen 

Nos médias personnels et traditionnels étant devenus des lieux d’expression hystériques, nous nous sommes ainsi privés d’espaces pour porter le débat et faire prévaloir sereinement des revendications, souvent légitimes.

Chacun se sent ainsi légitime de se trouver des réponses à sa convenance, au mépris du bien commun.

Du fonctionnaire qui monnaie un document administratif pourtant gratuit à l’enseignant qui exige à ses élèves de l’argent comme «travail manuel». Le citoyen a cédé le pas à l’individu.

Le salaire est un droit. Mais en être privé ne donne à personne le droit d’extorquer ses concitoyens ou de déshonorer le prestige de sa profession.

Pour remettre les choses dans l’ordre. Le citoyen doit reprendre le pas sur l’individu. Et tout le monde doit s’y mettre.

Dans une République normale, nous devons avoir des corps intermédiaires. Les syndicats, les corporations ont un rôle à jouer dans une démocratie. Ils doivent être les sentinelles qui veillent à ce que les hommes et femmes qui travaillent puissent vivre dignement de leur travail. Dans le même temps, ils doivent s’assurer que leurs membres remplissent bien leur part. Car dans une République, chacun doit faire sa part.

Les médias congolais qui ne ratent pas une occasion pour rappeler à qui veut les entendre qu’ils sont le quatrième pouvoir (encore une idée reçue) doivent aussi se rappeler que leur travail est essentiel pour le fonctionnement de nos institutions. C’est eux qui doivent assurer un débat public de qualité.

En sont-ils capables ? Oui. Mais les journalistes doivent s’astreindre au sérieux et à la rigueur qu’exige leur profession. Ici aussi, l’individu doit céder le pas devant le citoyen.

A la fin, voyez-vous, c’est comme cela que se construit une République. Grâce aux efforts de chacun et de tous. C’est cela l’engagement citoyen : s’imposer la même exigence qu’on impose aux autres- le voisin ou le gouvernement. Mais ceci est un travail de tous les jours et de chacun. Chaque génération devant s’assurer qu’elle a fait le maximum pour transmettre à la suivante le meilleur héritage possible.

Publié par Joël Bofengo

Catholique. Journaliste congolais. Curieux de tout (sauf de gastronomie). Fan de Liverpool FC.

2 commentaires sur « Le citoyen plutôt que l’individu »

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