Si seulement nous avions honte de faire ce dont nous avons honte que l’on parle

Ce matin, j’ai publié sur le blog un texte qui prolongeait une discussion que j’ai eue en début de semaine avec mon ami Julio. Je lui avais promis que je publierais sa réaction s’il en ressentait le besoin. Il m’a fait parvenir ce soir sa réaction que je publie intégralement et sans aucune censure. Bonne lecture.

Cher Joel la Plume,

Merci de permettre que l’on échange sur ce sujet et j’ose croire que nous en sortirons tous avec un plus. 

Avant tout, laisse-moi te ramener au même angle de perception que moi car il me semble que nous ayons abordé le même texte sous des angles différents. C’est comme deux prédicateurs qui, partant du même verset biblique, prêchent sur deux thèmes différents. 

Après avoir lu « «Tout n’est pas faux» ou le danger de la relativisation des offenses« , j’avoue que j’ai pas mal appris de ton point de vue et je suis conscient de cette compétition entre les nations mais essaie de voir du même œil que moi cette fois-ci.

La meilleure compétition n’est pas entre moi et autrui mais entre moi d’hier et moi d’aujourd’hui afin de m’améliorer du jour au jour. Dans ce contexte, l’on parlera du Congolais d’hier et d’aujourd’hui. Même si une autre nation nous surpassait demain, je me réjouirai du progrès de la mienne au lieu du statut quo ou de la régression que nous constatons fort malheureusement dans bien des domaines. J’aimerais que nous parlions aussi fièrement de nous aujourd’hui que tu l’as fait pour nos ancêtres qui ont vaincu les batailles de Tabora et de Gambela.

Tu t’es focalisé sur l’identité de la personne qui a écrit le fameux texte offensant et sa mauvaise intention, « selon toi ». Par contre je me suis préoccupé à autre chose. Le juge même s’il est inique, je ne refuserai pas son jugement aussi longtemps qu’il est véridique. Je ne le connais pas mais je connais beaucoup de Congolais. Je me suis mis à estimer combien, je veux dire le nombre des congolais que j’ai personnellement rencontrés dans 8 de nos 11 anciennes provinces et dans 4 de nos pays voisins, se retrouvent dans la plupart des descriptions faites dans ce portrait. Je réitère que la majorité se retrouvent dans les points que j’avais relevés sur Whats’App, que je prends soin d’épingler ci-dessous :

Ne sommes-nous pas éloquents ? Si.

Sommes-nous peu travaillant ? Faites un tour à la fonction publique et vous aurez la réponse. Les privés sont contraints d’élaborer des règles pour nous pousser à travailler dur sinon… Il sied de préciser que nous avons la force de travailler mais il nous manque souvent la volonté et les initiatives ainsi nous nous limitons à imiter ce qui semble réussir chez l’autre même s’il le fait de manière malhonnête. 

La plupart de mes compatriotes pensent que travailler c’est aller au bureau.

Les critiques négatives ! Nous en sommes devenus experts en la matière et on en crée même là où il n’y en a pas. Tout en ignorant le bon côté de la personne critiquée. 

Les réseaux sociaux nous montrent combien tout le monde est expert en tout dans ce pays. Quand il faut critiquer, on est là. Quand il faut donner la solution, l’on se tait. Quand quelqu’un propose une solution, on le critique.

N’est-ce pas vrai que le tribalisme, le régionalisme est plus fort que le nationalisme ? Nos cœurs le savent même si nous trouvons des prétextes pour dire le contraire… Nous en sommes encore à voter celui que l’on connaît (l’homme), celui de notre tribu ou région, au lieu de voter un meilleur projet de société (les idées). Et c’est pareil dans le casting pour emplois ou autres. 

J’entends dire :

La faute est à Lumumba, il a demandé l’indépendance plus tôt que prévu.

La faute est à Mobutu, il a détruit ce pays.

La faute est à Kabila le père, il a amené des alliés étrangers. 

Nous en sommes ici à cause de Kabila le fils et sa mauvaise gestion. 

Demain nous dirons la faute est à Fatshi [NDLR : le président Félix Tshisekedi]. Et ainsi de suite. 

Et que faisons-nous pour y remédier ?

Nous gaspillons le présent à nous inquiéter du passé au lieu de construire le futur. 

C’est triste !

Je ne globalise pas car il y a certains congolais qui se distinguent et excellent. Bien que bon nombre se cachent et sont confondus dans la masse de la médiocrité qui nous entoure. Très peu s’affichent et s’assument.

Je suis autant offensé que toi, non parce que c’est un étranger qui le dit. Je le suis parce que nombreux se retrouvent dans ce qu’on nous reproche. Nous n’avons pas honte de faire des choses dont nous avons honte qu’on parle. Si seulement on avait honte de le faire, personne ne sera en train d’en parler sauf en cas de calomnie.

Nous trouvons normal de vivre dans la saleté, à jeter des débris partout mais nous trouvons anormal que TV5 en parle. Nous louons les Marocains qui se déplacent au nombre de 3000 à bord de 13 avions pour suivre un match de football à Kinshasa mais les 150 qui nous ont représenté sont rentré sans une trentaine de personnes ayant préféré fuir et vivre clandestinement au Maroc que de rentrer dans leur pays qu’ils « aiment tant ». Nous pointons du doigt les autorités qui volent alors que nous faisons de même à chacun de nos postes de responsabilité, même dans une simple boutique ! Nous crions corruption quand il s’agit des députés ou sénateurs qui fraudent ou trichent aux élections et pourtant c’est devenu notre mode de vie pour passer d’une classe à l’autre depuis l’école primaire jusqu’à l’université.

La racine du mal est profonde…

Être patriote ce n’est pas seulement vanter le bien de son pays, c’est aussi regarder la réalité en face, parler du mal qui fait mouche et chercher à le changer de quelque manière possible. Et ceci n’est pas seulement l’affaire des autorités. 

Nous devons arrêter de dire que nous sommes en bonne santé tout en sachant la gravité de la maladie qui nous ronge. Commençons notre cure de traitement, une bonne dose ! Les symptômes disparaîtront les uns après les autres. Et le médecin, même s’il est animé de mauvaise foi, changera son langage. S’il refuse, le laborantin lui apportera les preuves après examen. 

Prenons la résolution, celle de beaucoup plus se focaliser aux solutions qu’aux problèmes. « Plus tu penses aux problèmes plus tu en auras, plus tu penses aux solutions plus tu en auras ».

Nous sommes la solution au problème du Congo.

Publié par Joël Bofengo

Catholique. Journaliste congolais. Curieux de tout (sauf de gastronomie). Fan de Liverpool FC.

Un avis sur « Si seulement nous avions honte de faire ce dont nous avons honte que l’on parle »

  1. Fructueuse cette échange !!! Merci Jojo la plume et Julio. Vraiment il nous faut regarder les choses sous cet angle. Ensuite voir comment remedier à nos problèmes et crise de société en vue de donner élan d’un bel et promettant avenir au lieu de ressasser le passé. On ne vit pas au passé. Comme l’enonce ce dicton :  » On traite une plante non pas à partir des feuilles mais à partir des racines « . Cherchons des solutions et travaillons en conséquence.
    Merci beaucoup 🙏👌

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