Le premier pas

C’est toujours le plus dur à faire. Et c’est normal. C’est le plus important.

Il y a quelques semaines, j’ai dit à Béthel, l’épouse de mon ami David, qu’elle ne devait pas se décourager si, en lançant son business, tout ne marche pas comme elle le souhaite.

Je lui ai tenu à peu près ce discours que je tiens souvent quand je veux encourager une personne à faire le «premier pas». Créer quelque chose perturbe l’ordre actuel de la nature. Peu importe que ce soit une œuvre d’art ou une entreprise. Le monde n’est plus tout à fait le même après une création. Les équilibres intellectuels, spirituels et physiques sont bousculés. C’est ce qui rend toute création, toute entreprise difficile. On se bat contre la nature pour lui imposer un nouvel ordre qu’elle va devoir accepter et auquel il va devoir s’habituer. L’ordre ancien faisant désormais de la place à la «chose nouvelle».

Vous m’excuserez ce semblant d’ésotérisme qui peut donner au texte une impression de grandiloquence transcendantale. Il n’en est rien. Je vais, comme à mon habitude, vous parler de quelque chose d’assez banal et commun. Mais qui mérite d’être dit.

«Demain n’est pas un jour »

Comme un peu tout le monde, il m’arrive assez souvent de remettre à demain des choses que je peux commencer tout de suite.

J’ai lancé un blog trois ans après avoir éprouvé le désir de le faire. Tous les matins je me disais que j’écrirai le premier texte le lendemain matin. Et comme demain n’arrive jamais, je ne le faisais pas. Trois ans durant.

Et un jour, j’ai écrit le premier texte. Puis un deuxième. Et un troisième. J’éprouve désormais un certain plaisir à écrire régulièrement.

Il me fallait faire un premier pas. LE premier pas. Celui qui détermine tout parce que c’est celui-là qui vous met en confrontation avec vous-même. C’est celui qui perturbe l’ordre naturel des choses. D’où les hésitations, les appréhensions. Pour se rassurer, on se dit qu’on va le faire demain. Mais, comme me disait un de mes enseignants, «demain n’est pas un jour».

Pousser la porte d’une salle de sport, ouvrir enfin un livre qu’on se promet de lire depuis longtemps, aller voir un(e) ami(e) à qui on ne parle plus depuis longtemps. Autant de choses qui exigent de faire le premier pas.

Je ne me souviens plus du premier livre que j’ai lu dans ma vie. Mais sa lecture doit avoir été d’un grand intérêt parce que depuis je ne me suis plus arrêté de lire et de pousser mes proches à lire. Et la lecture a changé ma vie.

On n’apprend pas à commencer

C’est, j’en suis convaincu, pour cette raison que faire le premier pas est et sera toujours le plus dur à faire. Il change votre vie.

Demander aux personnes qui ont longtemps hésité à pousser la porte d’une salle de sport, beaucoup vous diront qu’ils n’en sont plus sortis.

Et je ne vous parle pas de ces jeunes hommes qui ont longtemps observé de loin l’être aimée sans jamais oser faire le premier pas. Le jour où ils l’ont fait, leur vie a changé.

La vie nous permet de tout apprendre sauf les choses les plus importantes. On apprend ainsi aux êtres humains à parler, à marcher, à écrire, etc. Mais jamais à commencer. C’est pourtant le plus important.

Car souvent les regards des autres, la peur d’échouer et la commodité nous empêchent de faire le premier pas, de commencer. Mais comment nous en sortir ?

Il n’y a pas de secret parce que ni la science ni l’éducation ne nous donne une formule pour nous apprendre à commencer.

«On n’apprend pas à commencer. Pour commencer, il faut simplement du courage».

En citant cette belle phrase de Vladimir Jankélévitch, Xavier Alberti fait savoir que «c’est la leçon inaugurale de la vie».

«ll faut se lever et marcher, il faut plonger, se jeter, se déclarer, il faut lire, écrire, composer, semer, chanter, danser, peindre. C’est là, dans la banalité du premier geste que se dissimule le principal de la vie», note l’entrepreneur sur son blog.

Le deuxième pas

C’est seulement après avoir fait le premier pas que le deuxième est possible. Puis tout le reste.

Si vous n’ouvrez pas la première page du livre que vous a offert un ami généreux, vous ne saurez jamais ce qu’il y a à l’intérieur. Vous n’éprouverez jamais ce plaisir indicible qu’éprouvent ceux qui, page après page, trouvent dans les mots qui disent des mondes qu’ils ne connaissaient pas. Découvrent des femmes et des hommes inconnus, soudainement devenus familiers.

C’est dans le déséquilibre du premier pas, «que l’on puise la force du deuxième pas et de tout ce qui suit». Vous ne vous découvrirez jamais la passion de lire, de nager, de boxer, de courir, d’entreprendre, si vous ne succombez pas à l’appel du premier pas.

Nous avons tous quelque chose à offrir au monde. Mais pour le découvrir, il nous faut accepter de faire ce passage de la parole à l’acte qu’implique le premier pas.

Annoncer que l’on voudrait avoir un potager ne vous sert à rien tant que vous ne vous levez pas pour tenir une bêche et commencer à labourer la terre, à planter, à entretenir.

La force que vous aurez trouvée pour labourer la terre est celle qui vous permettra de planter, d’arroser. Et au bout du compte, c’est cette force qui va se transformer en plaisir. Le plaisir d’accomplir quelque chose. De plus grand que vous.

Vos voisins vous féliciteront pour vos tomates plus grosses et plus fraîches que celles du marché. C’est en chantant dans le potager que votre épouse cueillera des légumes qui feront le dîner du soir. Vos collègues vous demanderont de leur montrer votre potager à chaque fois qu’ils trouveront un prétexte pour venir chez vous. Vos enfants se disputeront l’arrosoir pour pouvoir arroser ces plantes.

Autant de plaisirs que vous n’auriez jamais éprouvés (et que vous n’auriez jamais procurés) si un matin (ou un soir), vous n’aviez pris la bêche pour commencer votre potager.

La peur de l’échec

Dans «Il n’y a pas de rêve interdit», j’ai écrit :

«Trop souvent par peur d’échouer, nous renonçons à nos rêves. C’est une insulte à la vie. Car la vie, elle ne sert qu’à cela : Rêver. Essayer. Échouer. Essayer à nouveau. Échouer à nouveau. Essayer encore. Et encore. Et encore. Jusqu’à ce que la nature valide la démarche. Et c’est le miracle qui se produit : le rêve qui devient réalité.»

Pour réussir ou pour échouer, il faut avoir essayé. Il faut faire le premier pas. C’est celui-là qui enclenche le mouvement, c’est-à-dire qui crée la vie. Car la vie est mouvement. Elle est action. La vie n’est pas recherche effrénée de réussite.

Comme l’observe Xavier Alberti, beaucoup d’entre nous avons grandi avec «un malentendu». Nous avons cru (ou nous a-t-on fait croire) qu’il fallait «incessamment essayer de réussir, alors qu’il faut surtout réussir à essayer».

Car, c’est dans le passage de la parole à l’acte que nous nous découvrons. Nous découvrons nos limites, nos imperfections, nos grandeurs, nos faiblesses.  

L’action est le miroir que nous offre la vie pour pouvoir nous regarder tel que nous sommes dans la nudité d’un corps en sueur, fatigué et prêt à renoncer. C’est en ce moment que s’exprime notre être profond. Le lâche que nous sommes qui va renoncer. Ou le brave qui va continuer. Et aller jusqu’au bout.

Cet exercice, il faut le renouveler chaque jour. Car le courage comme la foi et l’amour est un bien dont il faut aller à la conquête tous les jours. Il n’est jamais acquis. Tous les jours. Tout le temps. Toujours. Il faut se prouver à soi-même que le brave en nous l’emporte sur le lâche. C’est cela la réussite. 

Publié par Joël Bofengo

Catholique. Journaliste congolais. Curieux de tout (sauf de gastronomie). Fan de Liverpool FC.

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