«Ce qui est faible triomphe de ce qui est fort»

-Tu devrais peut-être te faire une raison, mon ami. Elle est partie.

-C’est la mère de ma fille.

-Moi aussi je serai la mère de ton enfant.

-Oui. Mais elle, je l’ai épousée. Toi, c’est…

-Moi, c’est quoi ? Un accident ? Vas-y ! Ose le mot.

-Ce n’est pas ce que je voulais dire.

-Ce n’est pas grave. Je sais que ce qui nous arrive n’est pas très commode. Mais on peut dépasser cela et arriver à construire quelque chose de durable. Moi, je ne crois pas au hasard.

-Pas commode. C’est un euphémisme. On a merdé, Pamela. Il faut l’avouer.

-Je ne dis pas le contraire. Ce que j’essaie de te dire est qu’on peut aller de l’avant. Tu ne peux pas continuellement te plaindre alors que tu as encore la vie devant toi. Nous avons encore la vie devant nous.

-Pamela, tu imagines toi et moi en train de nous marier. Qu’est-ce que je dirai à Eunice ?

-Je ne te parle pas de mariage. On peut bien vivre ensemble, fonder un foyer et être heureux. Jessica te considère comme son passé. Il est temps que tu en fasses de même. Je te le répète : le hasard n’existe pas.

S’il avait toujours du mal à s’accommoder de sa nouvelle situation, Marc était bien obligé de reconnaître qu’il se sentait de mieux en mieux avec Pamela.

-Le repas sera bientôt prêt. Tu manges tout de suite ?

-Oui. Je vais manger.

Sur conseil de Ted et Richard, Marc voyait plus souvent Pamela. Ses amis lui ont dit de faire preuve de souplesse avec celle qui sera dans quelques mois la mère de son enfant. Les premières semaines qui ont suivi la révélation de la grossesse de sa maîtresse, Marc avait perdu son sang-froid. Il la renvoyait quand elle venait lui rendre visite à son domicile. Il la menaçait de lui faire du mal. «Tu es autant responsable qu’elle. Ne fais pas comme si c’est elle la fautive. C’est une responsabilité à assumer», lui avait fait remarquer un jour Ted alors que les trois amis partageaient un verre à la Remontada.

Les conseils de ses amis. Les reproches de sa mère. La fin de non-recevoir que lui avait réservée Jessica. Et l’échec de la médiation de son oncle Henry. Tout avait fini par convaincre Marc de bien traiter Pamela même s’il ne pouvait pas s’empêcher de penser tout au fond de lui que sa maîtresse avait tout fait pour tomber enceinte afin de prendre la place de Jessica.

Mais Pamela sait s’y faire avec les hommes. Déjà à université, elle avait la réputation de mettre dans son lit tous les hommes qu’elle voulait. Pamela Ekutshu Bosange «muana mungala». C’est ainsi que ses camardes de la fac l’appelaient en insistant sur le «muana mungala» pour mettre en avant des stéréotypes que l’on accole généralement aux femmes Ngala : bonne sur le lit, d’agréable compagnie, prévenante et sensuelle.

Pour son entourage, c’était un fait que Pamela savait prendre soin des hommes. Ses talents culinaires étaient connus de toutes les personnes qui la côtoyaient. Même Jessica faisait appel à elle quand elle voulait concocter des mets particuliers pour Marc ou ses parents.

Trois mois après le départ de Jessica, Marc la laissait désormais prendre soin de lui. Elle s’occupait de son domicile, de son habillement. Elle cuisinait pour lui. Au début, Pamela venait une fois par semaine chez Marc. Puis, les visites sont devenues plus fréquentes. Et Marc avait de plus en plus de mal à laisser partir sa maîtresse.

-C’était très bon. Merci beaucoup.

-C’est un plaisir. Tu as bien mangé ?

-Oui.

-Je t’en ai gardé un peu. J’ai mis des bols dans le frigo. Demain, tu pourras juste les passer au micro-onde avant de manger.

-Merci. C’est très gentil.

-Je vais faire la vaisselle. Ensuite, je vais partir.

-Il se fait tard.

Pamela fait mine de ne pas avoir entendu la remarque de Marc. Et s’engouffre dans la cuisine pour nettoyer les assiettes. Quand elle en sort, la jeune dame constate que Marc a fermé la porte et tiré les volets.

-Je vois que quelqu’un ne veut pas me laisser partir.

-Tu ne me priveras de mon droit de savoir comment mon fils s’endort dans le ventre de sa mère.

-En plus, tu ne sais pas mentir…

Quand elle avait annoncé à sa copine Nadine qu’elle attendait un enfant de Marc, Pamela lui avait fait une promesse : je prendrai la place de Jessica.

Après les premières réactions de Marc à l’annonce de la grossesse, Nadine avait conseillé à son amie de faire profil bas et de ne pas mettre la pression sur son amant.

-Si tu continues comme ça, tu vas tout perdre. Tu n’auras jamais la place de Jessica. Contente-toi de t’assurer qu’il va s’occuper de l’enfant. Il est trop dur ton Marc-là, avait soutenu Nadine. -«Ce qui est faible triomphe de ce qui est fort ; ce qui est mou triomphe de ce qui est dur», avait répondu Pamela, citant l’un de ses aphorismes préférés.

Publié par Joël Bofengo

Catholique. Journaliste congolais. Curieux de tout (sauf de gastronomie). Fan de Liverpool FC.

2 commentaires sur « «Ce qui est faible triomphe de ce qui est fort» »

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