Mbata ya mokolo

-Ne te fais pas de soucis. Ça va aller. Tu es un gars brillant. Tu trouveras rapidement autre chose.

-Celle-là, je ne l’avais pas vu venir…

Richard n’en revient toujours pas. Son employeur lui a annoncé que son contrat ne sera pas renouvelé à la fin de l’année. Ses amis qui l’ont rejoint à la Remontada après le travail tentent de lui remonter le moral.

-Tu sais Richard, moi aussi je suis passé par la case chômage. Tu te souviens ? C’est d’ailleurs ça qui m’a conduit à l’ENA, lance Marc.

-Oui. Je me souviens mais ce n’est pas pareil. J’ai l’impression d’avoir été viré à cause d’une fille.

-Oublie ton chef. C’est un connard, lui répond Ted.

-Il m’a bien eu.

Quelques heures plus tôt, quand il est arrivé à son travail de bonne heure comme à son habitude, Richard a trouvé un mot sous le clavier de son ordinateur : «Viens à mon bureau dès que tu arrives». Il reconnaît l’écriture et les initiales qui accompagne la petite note, «VK». Victor Kabongo est le responsable des ressources humaines de «Kin E bouger». Il est proche de Richard dont il dit le plus grand bien. Mais ce matin-là, quand il entre dans le bureau de son «Vieux», il le trouve furieux.

-Assis-toi.

-Bonjour Vieux.

-Qu’est-ce que tu as fait ?

-Comment ça qu’est-ce que j’ai fait ?

Victor lui tend une enveloppe. Richard l’ouvre et découvre une lettre qui le remercie pour son «dévouement» et son «application» au cours des deux dernières années.

-Mais Vieux, qu’est-ce que ça veut dire ?

-Je te repose la question : qu’est-ce que tu as fait ?

-Mon contrat ne sera pas renouvelé ?

-Comme tu peux le lire dans cette lettre, non. Et comme tu es brillant, il va falloir que tu m’expliques comment tu as pu être côté «Médiocre» par ton superviseur.

Amélia

Richard n’avait pas besoin de terminer sa phrase. Victor avait tout compris. Pendant toute la durée de son stage à la radio «Kin E bouger», Amélia attirait la convoitise de tous les hommes. Victor la connaissait. Il l’a même invitée deux ou trois fois à sortir prendre un verre après le travail. Mais il jure qu’il ne s’est jamais rien passé.

-Elle est sortie avec ton chef ? , demande Victor à Richard.

-Je ne l’ai su qu’après.

-Petit, o zui mbata ya mokolo.

Contrairement à l’exercice précédent, c’est le rédacteur en chef de la radio Placide qui a évalué le travail de Richard cette année. Depuis cette matinée du 4 octobre 2016, les deux hommes ne se parlaient plus que pour se dire bonjour. En entendant sonner le téléphone d’Amélia dans la maison de Richard à 5 heures du matin, Placide avait compris que la jeune femme sortait également avec son jeune collaborateur. Et Richard découvrait dans le même temps le double jeu de sa copine.

Quand il achève de lire la lettre lui annonçant que son contrat ne sera pas renouvelé, Richard se rappelle une mise en garde de Placide : «Cette année, c’est moi qui vais évaluer ton travail». C’était il y a quelques mois quand le rédacteur en chef de sa radio l’avait convoqué dans son bureau pour lui signifier une bourde qu’il avait commise sur le site Internet du media, la soirée précédente.

-C’est assez classique dans le monde professionnel mais je t’avoue que je n’imaginais pas Placide capable d’écarter un collaborateur pour une histoire de cul. C’est son évaluation qui te coûte ton poste. Il y a six mois, le propriétaire m’avait annoncé qu’il fallait que la radio se sépare de six employés et annule certaines dépenses pour que nos comptes soient bons pour être présentés aux bailleurs en mars prochain lors de la réunion annuelle. C’est seulement au début de ce mois que Placide a insisté pour que les six employés qui seront remerciés soient ceux qui ont été les moins bien évalués lors du dernier exercice. Maintenant, je comprends tout, finit par expliquer Victor quand Richard lui raconte sa mésaventure.

-C’est la vie. On va s’en sortir, lui répond Richard qui reprend l’enveloppe que lui avait tendu Victor et sort du bureau.

Dans l’ascenseur qui le ramène au premier niveau où se trouve l’open space où travaille la rédaction de la radio, Richard repense à un conseil que lui avait donné Marc : «Fais attention. On ne se dispute pas une femme avec son chef».

-Si je t’avais écouté, je n’en serai pas là, lui lance son ami.

-Ce qui est fait est fait, répond Marc à Richard.

-Allez, mon pote ! Ne t’apitoie pas. Le meilleur est à venir, intervient Éric alors que les décibels commencent à monter à la Remontada.

Alors que la tristesse cédait le pas à la fête et que la bière commençait à détendre l’atmosphère, Ted en profite pour annoncer à ses amis qu’il allait bientôt quitter le pays.

-Comment ça ?, lui demande Marc.

La Daronne veut qu’on aille vivre aux Etats-Unis.

-Vous allez vous marier ?, interroge, taquin, Éric.

-Monsieur le Daron, renchérit Richard, hilare.

-Mario, ça convient mieux.

Le groupe éclate de rire.

-Moquez-vous bien. On en reparlera, lâche Ted, un peu irrité…

Publié par Joël Bofengo

Catholique. Journaliste congolais. Curieux de tout (sauf de gastronomie). Fan de Liverpool FC.

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