Monsieur mon beau-frère

-Qu’est-ce que tu fais là ?

-Tu ne réponds pas à mes appels ni à mes messages. Qu’est-ce que j’étais censée faire ?

Depuis que Pamela avait annoncé à Marc qu’elle attendait un enfant de lui, ils ne s’étaient pas revus. Trois semaines. Trois longues semaines où Marc a dû annoncer à son épouse que sa meilleure amie attendait un enfant de lui. Trois semaines que Jessica était partie. Trois semaines que son père lui a fait savoir qu’il serait déshérité s’il ne parvenait pas à ramener Jessica à la maison. Trois semaines pendant lesquelles il a tout entendu. Tout sauf ce que Pamela pensait de sa grossesse.

-J’avais besoin de temps pour réfléchir, répond Marc qui prend Pamela par le bras et l’amène hors de son bureau où elle avait fait irruption sans prévenir.

-On va où ?

-Tu ne peux pas débarquer comme ça dans mon bureau. Ça ne se fait pas.

-Depuis trois semaines, tu ne donnes pas de tes nouvelles. Pas d’appels. Pas de messages. Rien. Je te rappelle que je serai bientôt la mère de ton enfant.

-Ne me le rappelle pas.

-Ah, c’est comme ça ! Les parties de jambes en l’air, c’était cool, non ? Pour assumer, monsieur s’enfuit ?

-Parle moins fort. Il y a des gens autour de nous.

Marc et Pamela ont trouvé une table au restaurant du CEPAS. Un endroit très fréquenté par les employés du public et du privé qui travaillent dans le périmètre du ministère des Affaires étrangères où travaille Marc. A midi, les serveuses, au pas de course, servent des dizaines de repas aux nombreux clients de cet espace calme où se donnent également rendez-vous des amants qui profitent de la pause déjeuner pour partager un verre ou un repas et se donner rendez-vous pour le soir. Ce restaurant rappelle des souvenirs à Marc et Pamela.

Pamela aperçoit Marc, attablé au restaurant du CEPAS avec des collègues. Ils ne s’étaient plus revus depuis le mariage en 2014. Pamela, témoin de mariage de Jessica, avait quitté Kinshasa quelques mois après la fête pour aller travailler à Kananga. Son père, également avocat, l’avait fait venir au Kasaï-Central pour s’occuper des dossiers des enfants victimes des viols dans le milieu familial. Deux ans après, Pamela avait décidé de rentrer à Kinshasa, au grand dam de son père qui voulait lui laisser la direction de son cabinet.

-Monsieur mon beau-frère !

-Hé, mademoiselle ma belle-sœur ! Ça va ? T’es rentrée quand ?

-Il y a juste un mois.

-C’était comment Kananga ?

-A part le travail que j’ai adoré, c’était boring. Pas d’électricité. Pas d’eau courante. Pas d’espace de recréation. Pas de salle de sport. Rien quoi !

-En tout cas, Jess sera heureuse de te retrouver. Vous vous êtes vues ?

-Non. Pas encore.

-Beuh, passe à la maison. On n’a pas changé d’adresse.

-Ok. Je passerai. Bisous.

-Bisous.

«C’est qui ce beau gosse ?», avait demandé à Pamela sa copine Nadine alors que les deux jeunes demoiselles se dirigeaient vers la sortie du CEPAS.

-C’est l’époux de ma meilleure amie.

-Moi je l’aurais bien piqué. Il est trop craquant.

Cet après-midi du 17 avril 2016 Pamela ne l’oubliera pas. Ni les mots de Nadine.

«Et si je me tapais Marc.» Refoulée dans un premier temps, cette phrase revenait de plus en plus souvent dans la tête de Pamela. Au début, elle se répondait à elle-même : «Non. Je ne peux pas faire ça à Jessica».

Jusqu’au jour où elle va rendre visite à Jess qui venait d’accoucher. Eunice était née. Jessica et Marc avaient tout l’air d’un couple heureux d’accueillir leur premier enfant.

-Regarde tata Pamela. C’est elle qui va commencer à s’occuper de toi quand je ne serai pas là.

-Ouais ma petite. Je suis la meilleure tata du monde.

Quand Pamela rentre à Kinshasa, Jessica est heureuse de retrouver sa meilleure amie à qui elle peut à nouveau tout raconter. Leurs discussions se terminent tard dans la soirée.

-Chéri, s’il te plaît, raccompagne Pam chez elle ?

-Pas de souci. Laisse-moi mettre une chemise.

C’est ainsi que Marc s’est retrouvé à raccompagner Pamela dans son véhicule presque tous les jours, tard dans la soirée.

«J’ai été naïve», dira plus tard Jessica à sa mère, en se remémorant cette période.

Personne ne lui enlèvera de la tête que c’est pendant ce trajet en voiture que son époux et sa meilleure amie ont commencé à flirter. Puis à vouloir passer plus de temps ensemble. A se donner des rendez-vous réguliers. Et finalement, à entretenir une liaison.

-Jessica ne doit rien savoir.

-C’est juré.

C’était la première fois que Marc et Pamela s’étaient embrassés alors que le jeune homme venait de couper le moteur du véhicule devant l’immeuble où vivait la meilleure amie de son épouse. Le lendemain, ils ont refait la même chose. Et le jour d’après. Puis, un jour Pamela lance à Marc : «Tu ne restes pas un peu ?».

-Pas pour longtemps.

-Je comprends.

Ce soir-là, Marc ne rentrera pas chez lui…

Publié par Joël Bofengo

Catholique. Journaliste congolais. Curieux de tout (sauf de gastronomie). Fan de Liverpool FC.

6 commentaires sur « Monsieur mon beau-frère »

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